Formation, supervision et méthodes de soutien des parajuristes communautaires

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Toutes les organisations représentées organisent une formation aux parajuristes communautaires.

Cette formation tient compte des besoins de chaque communauté d’intervention, de la législation de chaque pays et de la réalité sociologique de chaque communauté d’intervention.

Les organisations représentées reconnaissent que les parajuristes jouent un rôle capital parce que c’est eux qui sont dans la communauté et c’est eux qui travaillent avec ladite communauté. La majorité préfère recruter des parajuristes qui sont issus de la communauté et qui vivent dans la communauté. Ils connaissent déjà ou en tout cas qui ont des aperçus de la problématique et qui ont une certaine affinité avec la communauté.

La durée de la formation ainsi que le contenu du programme varient d’une organisation à une autre. Pour JEI, leur formation initiale, qui est formelle, s’étend sur 6 - 7 mois et elle est basée sur les rôles de parajuristes , les compétences essentielles sur le droit et sur les procédures et comment entrer en contact avec les organisations gouvernementales ou bien les administrations publiques pour pouvoir régler certains problèmes dont ce que d’aucuns seront confrontées par les populations membre. JEI ont l’occasion de faire une formation plus longue parce qu’ ils sont basés en ville ou ils travaillent avec les communautés qui sont aussi en ville surtout dans les bidonvilles.

Avec ce genre de formation, les participants peuvent prendre 3h chaque mois pour suivre la formation et aussi après 3 ou 4 mois, les participants commencent à travailler main à main avec les parajuristes de JEI. À la fin de chaque chapitre de la formation , les participants font un test ou il faut réussir avec 70 % et plus. À la fin de la formation, il y a un examen final qui dure normalement 6h pour les participants. Pour les participants qui suivent la formation en langue locale, ils font des examens oraux.

Pour JEI, ils ont constaté que le recyclage est très important pour renforcer les compétences. Cette méthode aide beaucoup certains de leurs participants qui n’ont pas fait beaucoup d’éducation formelle. La formation est plus flexible parce qu’elle reconnaît quíl ya des personnes qui sont orientés vers l’apprentissage en pratique et ceux qui aiment ou profitent d’ une formation un peu plus académique.

Pour Natural Justice au Sénégal, les parajuristes sont formés aux questions de l’environnement et des droits connectés. Dans certains cas, les parajuristes sont formés à travailler avec les communautés à produire des preuves qui ne sont pas irréfutables, surtout si cela concerne une affaire judiciaire. Ils regroupent tous les parajuristes au niveau de la capitale pendant une durée d’une semaine pour les former sur leur travail et sur le cadre juridique sur les enjeux qu’ils traitent. Pour eux, lápprentissage et formation continue sur le terrain . À chaque fois que les parajuristes sont confrontés à un problème, on essaie d’apporter des réponses et des éléments d’enseignement pour asseoir leur compétence sur ces questions. Leur stratégie consiste aussi à renforcer la formation initiale que les parajuristes avaient reçue.

C’est intéressant à noter que Natural Justice utilise des stratégies différentes selon le contexte national. L’équipe Guinée travaille avec des organisations nationales qui ont une très grande compétence en matière de droit. Dans ce cas, Natural Justice fait un transfert de compétences ou une autonomisation des organisations nationales en termes de formation des parajuristes. Au Sénégal , la quasi-totalité sont des juristes mais en Guinée, ce sont des gens qu’on a capacité.

Terre des Hommes ont fait leur première formation au Burkina Faso qui a duré 6 jours avec des modules de formation assez intense puisqu’on avait une dizaine de modules de formation aussi bien en droit substantiel, les compétences ,le métier,le rôle, le statut et les fonctions de parajuristes.

Le parajuriste communautaire doit-il savoir lire et écrire ?

La réponse à cette question varie d’un intervenant à un autre. Pour certains c’est oui. On affirme que ça serait difficile de recevoir une formation adéquate et être efficace sur le terrain. Pour d’autres c’est peut-être ou encore non.

Quand on parle de légitimité ou de légalité…tu peux avoir un niveau intellectuel bien, mais si tu n’as pas la confiance de la communauté tu ne peux pas être un bon parajuriste. Pour la légitimité il faut être issu d’une localité pour avoir l’accord, le consentement , même la volonté pour les communautés de partager certains secrets ou certaines réalités de leur circonscription. Si on n’a pas confiance en toi chez nous en Guinée ici franchement tu n’as pas l’information.- Raphaël Golgota , Natural Justice , Guinée

Nous retenons en définitive que l’idéal est que le parajuriste soit un peu instruit mais compte tenu des réalités sociologiques africaines. L’accès à l’éducation reste un défi systémique. Il existe de nombreuses communautés qui ne peuvent pas réaliser leur droit à l’éducation. Cela ne devrait pas les empêcher d’être des parajuristes communautaires.

La connaissance de sa communauté, la capacité à naviguer dans les dynamiques et à résoudre les conflits sur le terrain sont des compétences très importantes pour un parajuriste communautaire. Ça compte pour quelque chose - pas tous.

On apprécie aussi que les parajuristes communautaires ne sont pas un groupe homogène. Il y en a différents types- notre but est de travailler en respectant nos communautés et contextes.

Faut-il superviser les parajuristes communautaires ?

Il faut les superviser parce qu’à un moment donné, une fois qu’on identifie la communauté et qu’ on identifie le problème des autres, ils ont besoin de boussole et les superviseurs vont être des boussoles pour ces parajuristes là pour les aider. - Sokhna, Natural Justice

Tout le monde est unanime sur la question en répondant oui. Elle consiste en la formation continue des parajuristes, dans le suivi de leurs activités quotidiennes, en leur prodiguant des conseils juridiques, judiciaires et procéduraux.

Il importe de noter que tout part des compétences que le parajuriste a acquises au cours de sa formation mais aussi de la qualité et de la durée de ladite formation. La supervision des parajuristes se fait de diverses méthodes selon les organisations. Pour les uns, la supervision est quotidienne, pour d’autres, elle est hebdomadaire ou par quinzaine. La supervision consiste à suivre de près l’activité du parajuriste par un soutien en conseil juridique, judiciaire et procédural, l’orientation du dossier et surtout les instructions pour ses diligences dans les affaires.

Pour Natural Justice au Sénégal, chaque semaine on essaie d’avoir une réunion avec tous les parajuristes, de faire le point des dossiers; ou est -ce qu’ils en sont, qu’est-ce qui a bloqué, qu’est-ce qui marche, qu’est-ce qui ne marche pas et à chaque fin de mois faire une réunion global ou tout le monde participe pour savoir ce qui se passe sur le terrain.

Natural Justice à Madagascar offre un accompagnement et supervision aux parajuristes par un centre de ressources juridiques hébergé au sein de leur association partenaire. Le centre fait des échanges avec les parajuristes et aide les parajuristes à formuler les choses qu’ils rencontrent sur terrain dans un langage juridique mais aussi il offre des appuis dans la rédaction de documents. Comme stratégie, on traite les dossiers toujours en équipe pour que les informations soient bien recoupées avant de tenter toute forme d’intervention.

De l’autre côté, la supervision sert à mieux comprendre comment les parajuristes utilisent leur moyens et méthodes unique pour résoudre les conflits. C’est un moment aussi d’apprécier que les parajuristes sont toujours sur le terrain , supportant les communautés à trouver la justice.

Est-il important d’associer les autorités à la formation des parajuristes communautaires?

Pour certains, la formation est une occasion de faire un peu de plaidoiries , de renforcer le partenariat et créer un peu de rapport entre les parajuristes et les policiers ou bien les autres représentants du gouvernement. En créant cette liaison , les autorités peuvent, peut-être, dans certains cas, aider les parajuristes dans leur travail.

Pour TDH la majorité des formateurs étaient des experts. Parmi ces experts on avait non seulement des juges mais aussi des membres du gouvernement puisque au niveau du Burkina Faso il y a un fonds d’assistance juridique; on avait pu impliquer donc le directeur de l’assistance juridique du Burkina Faso dans le cadre de la formation.

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Pour JEI, on invite les autorités après avoir fait la formation sur le thème, afin que les parajuristes puissent poser des questions avec un certain niveau des compétences. En ajoutant, l’équipe JEI encourage une esprit ouvert où tout le monde peut dire la réalité même si c’est des choses négatives sur le gouvernement. Et cela est possible si les autorités ne sont pas présentes pendant cet étage de la formation.

ADHD au Togo, inclut l’administration publique en particulier pour qu’ils développent certains thèmes précisément pour la formation. A la fin d’une formation et avant d’envoyer les parajuristes sur le terrain, ADHD prend soin de prendre contact avec les autorités locales et l’administration pour présenter les parajuristes. Comme ça lorsqu’ ils seront confrontés à des problèmes, ils peuvent aller saisir l’autorité qui les connaît déjà et qui peut les aider à résoudre ces conflits.

Les parajuristes sont appelés à mener leurs activités sur le territoire d’une autorité que ce soit le préfet, le juge ou le commandant de police ou bien de gendarmerie. Il est très important de les associer d’abord pour les informer qu’on a formé des parajuristes et qu’ils vont travailler sur leur territoire pour éviter certains problèmes à la longue.

Rencontrez-vous des conflits entre l’exercice de la profession d’avocat et l’activité des parajuristes communautaires?

Pour certains qui ne sont pas confrontés à ces gens de conflits, ils utilisent une méthode préventive qui consiste à occuper le terrain là où la présence d’avocats est rare surtout dans les zones rurales car la plupart des avocats sont beaucoup plus concentrés dans les zones urbaines.

TDH a Burkinafaso remarque qu’Il n’y a pas du tout d’avocats dans les communautés dans lesquelles ils travaillent et donc il n’y a pas de conflit entre le rôle d’avocat enfin, en tout cas le conflit physique entre la personne de l’avocat.

Mais par contre, on s’est posé la question en effet de cette frontière assez floue . Puisque eux en n’ayant pas d’avocat dans les localités, il y a cette tentation évidemment de vouloir soutenir les personnes auxquelles on apporte le soutien juridique que ce soit en matière d’information de renforcement de l’éducation droit.

Est-ce que c’est bien de soutenir les gens à avoir accès à leurs droits et de de savoir quels sont leurs droits mais après on ne leur donne pas la possibilité d’avoir nécessairement les moyens de se défendre? Ou est-ce que s’arrête l’assistance? Comment assurer aussi notre devoir, de ne pas laisser ces gens sur juste de l’information et puis après de ne pas pouvoir aller plus loin justement dans leur la résolution de leur conflit? - Laura Jacques, TDH

Pour MDT en Guinée, ils ont à la fois les services des avocats et parajuristes comme salariés de leur organisation. MDT engage avec les avocats sur une convention d’assistance qui permet à l’organisation de donner des honoraires forfaitaires aux avocats en fonction des dossiers qu’ ils traitent pour eux. Ils essaient de faire en sorte qu’ il y ait une collaboration et une synergie entre ce que fait le parajuriste à la base et les avocats. Quand il y a nécessité qu’il y ait le recours d’un service dávocat, le parajuriste la passe le relais à l’avocat et l’avocat prend en charge le dossier et il le défend devant les cours et tribunaux. C’est l’approche qu ’ ils utilisent parce que a leur avis, il est pratiquement impossible, d’ empiéter sur le domaine d’intervention des avocats.

Pour d’autres par contre, dont les parajuristes mènent leurs activités dans les zones urbaines, ce conflit arrive souvent et ils trouvent souvent la manière de le régler.

Pour finir, il a été préconisé que les pays dans lesquels des lois ne régissent pas les activités des parajuristes, il faut les organisations en charges de ces parajuristes insiste sur leur rôle pour qu’ils n’empiètent pas sur les attributions de la profession d’avocat, c’est-à-dire délimiter la frontière entre les activités du parajuriste et les attributions de l’avocat pour éviter ce conflit à l’avenir. Il est aussi préconisé qu’il est souhaitable de faire des deux corporations (parajuriste-avocat) des partenaires de sorte que le parajuriste laisse le relais de l’affaire ou du dossier à l’avocat là où commence les

compétences et attributions de celui-ci.

Que pensez-vous ?

QUELQU’UN QUI A EU LA FORMATION ET QUI EST SORTI JURISTE, EST -CE QU’ON PEUT L’APPELER PARAJURISTE ?

@MessanKOUNAGBE @mschapman @erinkitchell @fredericdjinadja @LauraJacques @THADDEESECK @BarbaraL @mdtguinee @UMPULA_25 @mutanukyanya @rthioune @Lury @demalasi @AlphonseMihigo @alphonsinebigirimana @Yande @Amadou @HeriBitamala

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